1860 – 1900

  1. Village de Lauzon
  2. Le Canada
  3. Déménagement du cimetière

Que s’est-il passé entre 1860 et 1900? Le Québec et la région de Lauzon continuent à évoluer durant cette période !

Village de Lauzon

En 1866, la bisbille s’installe entre les citoyens de Saint-Joseph-de-la-Pointe-Lévy, à la suite d’une décision municipale. Cela déclenche une vive opposition des habitants de la partie sud, en particulier les agriculteurs des rangs d’Harlaka[1]. Il y avait de la parenté qui détenait des terres dans ce coin, ça devait générer de bonnes discussions !

On assiste à la scission de la partie nord, qui deviendra officiellement le Village de Lauzon à partir du 1er janvier 1867.

On peut consulter la proclamation du 19 septembre 1866 dans The Canada Gazette[2] telle qu’émise par le gouverneur général du Canada, qui a tout un titre :

Par son excellence le Très Honorable Charles Stanley Vicomte Monck, Baron Monck de Ballytrammon, dans le comté de Wexford, dans la patrie d’Irlande et Baron Monck de Ballytrammon, dans le comté de Wexford, dans la patrie du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d’Irlande, gouverneur général de l’Amérique Britannique du Nord, et Capitaine-Général et Gouverneur en Chef dans et sur les Provinces du Canada, de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard, et Vice-Amiral d’icelles, etc., etc., etc.

Et voici l’extrait de la proclamation qui officialise le tout ; après avoir décrit les limites du nouveau territoire, il ajoute :

Sera à compter du et dès le PREMIER jour de JANVIER prochain, détachée de la municipalité de la paroisse de St. Joseph de la Pointe Lévis, dont elle formait ci-devant partie, et formera ci-après une municipalité séparée sous le nom de VILLAGE DE LAUZON ; et ses habitants seront ci-après une corporation ou un corps politique pour toutes fins et intentions sous le nom de « Corporation du Village de Lauzon ».

On avait retenu le nom de Lauzon en référence au Seigneur de Lauzon, et pour se différencier de Lévis, nouvellement créée. Saint-Joseph-de-la-Pointe-Lévy gardera ce nom jusqu’à sa fusion avec Lévis en 2002.

Le Canada

1867, ça vous dit quelque chose. Le British North America Act, adopté par le parlement du Royaume-Uni le 29 mars et qui entrera en vigueur le 1er juillet. On officialise la séparation de la Province du Canada, en créant les provinces du Québec et de l’Ontario qui s’associent avec les provinces du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse pour former le Dominion du Canada.

Déménagement du cimetière

En 1875, on inaugure le nouveau cimetière de la paroisse, la section actuelle Lauzon du cimetière Mont-Marie. Tous les corps inhumés autour de l’église de la paroisse seront relocalisés dans le nouveau cimetière, dans un espace commun orné d’une statue de Sainte-Anne, en hommage à tous les défunts inhumés entre 1673 et 1875[3].

La dernière personne enterrée près de l’église fut le petit Joseph Onésime Guay, décédé à l’âge de neuf mois et huit jours le 21 juin et inhumé le 22 juin. La première personne inhumée dans le nouveau cimetière, le 26 juin, fut Joseph Bégin, âgé de 7 ½ ans, décédé la veille.

Un point à clarifier… Ces terrains faisaient partie des terres acquises en 1758 par Étienne et Joseph. À la suite de la prise de Québec par les Anglais en 1759 et la création du Canada en 1867, il semble que la propriété d’une partie de ces terres ait été transférée vers le nouveau gouverneur et plus tard à la couronne britannique. Ce qui expliquerait la présence des terrains militaires dans ce secteur : fort No. 2, casernes militaires au « Mont Lauzon », terrains militaires à la « mare à Pompom »! Comme mentionné plus haut, ces terres auraient été expropriées vers 1865 par le gouvernement canadien à des fins militaires. Fin des années 1800, début 1900, certains terrains ont été attribués (granted) aux communautés religieuses, pour l’agrandissement des cimetières.

Construction du parlement du Québec

En 1877, on entreprend la construction de l’actuel parlement du Québec ; l’inauguration aura lieu en 1886. Mais, comme dans tous les chantiers, ça semble compliqué ! Le 12 juin 1878, une manifestation de 3000 grévistes et chômeurs tourne à l’émeute à Québec. Ils voulaient ainsi s’opposer à la baisse de salaire décrétée par leur employeur qui profite du contexte de chômage élevé pour diminuer de 60 ¢ à 50 ¢ par jour les salaires de ses employés qui travaillent à la construction du Parlement de Québec. L’armée est appelée en renfort, un manifestant est tué, un autre grièvement blessé.[4]

Chantiers Davie

L’industrie maritime a toujours été importante dans la région. On n’a qu’à repenser au premier navire de guerre construit en 1742, Le Canada.

L’histoire maritime de Davie commence en 1828 avec les chantiers A.C. Davie et se poursuit jusqu’à aujourd’hui.

En 1880, le 17 juin, on débute la construction de la cale sèche Lorne, qui sera gérée par George T. Davie. La construction sera terminée en 1886 et nommée en l’honneur du gouverneur général du Canada, le marquis de Lorne. Elle est toujours en utilisation.

En 1882, George T. Davie achète l’Indian Cove West, de sa belle-mère, la veuve de Duncan Patton

Il y construira la partie ouest de l’actuel chantier, connu pendant mon enfance comme le Petit Chantier ; on y accédait par l’actuelle rue Georges D. Davie, près du pont de fer.

En 1893, il acquiert la partie est et y établira le Grand Chantier

Louis Riel

La révolte des métis du Nord-Ouest et la pendaison de Louis Riel ont soulevé les passions au Québec et probablement que cela se discutait aussi à Lauzon !

Les Métis de la Saskatchewan perdirent à peu près tous leurs droits sur leurs terres à la fin des années 1860, après une tentative de révolte.

Les Métis des Territoires du Nord-Ouest, aujourd’hui le Manitoba, l’Alberta et une partie des Territoires du Nord-Ouest, devant l’arrivée massive de colons blancs ont eu aussi des craintes de perdre leurs droits sur les terres qu’ils occupent, comme cela a été le cas pour les Premières Nations. Ils se regroupent et essaient de défendre leurs droits devant le parlement canadien… sans trop de succès. En mars 1885, ils établissent un gouvernement provisoire à Batoche. Une semaine plus tard, une première escarmouche a lieu à Duck Lake entre la police et les Métis, avantage Métis.

Fin avril, une autre confrontation cette fois entre les Métis et une Armée canadienne, sous les ordres de Frederick Middleton, encore une fois avantage aux Métis lors de la bataille de la Coulée des Tourond.

Les Métis seront défaits lors de la bataille de Batoche, qui a lieu du 9 au 12 mai 1885.

Le 19 juillet 1885, on organise, à Montréal, un grand banquet d’honneur pour les soldats qui ont vaincu Riel ; on répétera, cette fois à Québec, le 21 juillet.

Mais cette affaire divise la population. À Montréal, et probablement Québec, les marchands anglais affichent des portraits du général Middleton.

Le 20 juillet 1885, commence le procès de Louis Riel, accusé de trahison. Le 1er août 1885, Riel est déclaré coupable de haute trahison et condamné à mort et la campagne pour empêcher la pendaison de Riel s’amplifie et un conflit social que plusieurs n’hésitent à décrire comme guerre ethnique, éclate. En septembre les foules brisent les vitres du journal le Herald et le maire Beugrand invite l’armée à Montréal. Dans une déclaration spéciale, les autorités municipales avisent les citoyens à ne pas sortir le soir et à ne pas gêner l’action des forces de l’ordre. La situation est d’autant plus difficile que l’épidémie de variole sévit dans la province et des milliers d’ouvriers protestent contre la vaccination obligatoire et la quarantaine des malades.

Le 9 août 1885, pas moins de dix mille personnes pro-Riel se réunissent au Champ de Mars de Montréal[5].

Plusieurs demandes de sursis sont faites et la pendaison est reportée quelques fois ; les journaux francophones prennent la défense de Riel, même l’église finit par se rallier à la cause, mais la décision est sans appel. Louis Riel est pendu le 16 novembre 1885.

Le 22 novembre, une foule de plus de 50 000 personnes se réunit sur le Champ-de-Mars, à Montréal, pour entendre Honoré Mercier et Wilfrid Laurier. On assistera à la formation d’un parti national, rassemblant libéraux et conservateurs, pour venger Riel.

Ordre du mérite agricole

En 1889, c’est la création de l’Ordre du mérite agricole. La tradition se poursuit encore de nos jours. S’est ajouté entre autre le titre de Commandeure spécial de l’Ordre national du mérite agricole, avec la mention Très Grand Mérite spécial, titre décerné à des personnes ayant apporté une contribution notable à l’agriculture québécoise sans nécessairement être elles-mêmes des agriculteurs. Ces prix sont décernés lorsqu’une personne se distingue particulièrement dans le milieu.[6]

Accident de chemin de fer

Le réseau de chemin de fer se développe un peu partout à partir des années 1850.

Construction, fusion, acquisition, Grand Tronc, Intercolonial, Saint Lawrence and Atlantic Railroad, Grand Trunk Railway Company of Canada…

En 1875, on inaugure le chemin de fer entre Lévis et Halifax.

Vers 1890, on a un réseau intégré qui relie Lévis à un peu tout le Canada et même plus : vers l’est jusqu’au Cap-Breton et vers l’ouest à Toronto et plus loin.

Le 17 décembre 1890, le train de l’Intercolonial en provenance d’Halifax est attendu en gare de Lévis à 11 h 40 du matin. Vers 11 h 15, le convoi déraille au niveau du pont de chemin de fer de la rue Saint-Joseph, près des chantiers Davie.

Quatre ou cinq wagons sont tombés sur la rue Saint-Joseph, près des maisons. Il y a plusieurs blessés et une dizaine de morts. Le préfet Joseph-Phydime Blais de Kamouraska décède dans ce déraillement. Il se rendait à Québec en compagnie du maire Alexis Dessaint, député fédéral du comté de Kamouraska (aussi décédé), pour demander des subsides au Gouvernement pour l’établissement d’une verrerie à Kamouraska.

Tout un émoi pour Lauzon !

Hôpital Hôtel-Dieu de Lévis

Fin 1892, six religieuses augustines hospitalières ouvrent, à Lévis, près du collège, le premier hôpital, situé dans une maison, la maison Lagueux : une salle commune de quinze lits, six chambres à un lit et un local servant de pharmacie et au besoin de salle d’opération. En 1898, on débute la construction d’un nouvel hôpital d’une capacité de 100 lits, situé près de la maison Lagueux, devant le Collège de Lévis ; c’est l’actuel Résidence Déziel qui accueille les prêtres retraités.

Alphonse et Dorimène Desjardins

Le 6 décembre 1900, Alphonse Desjardins fonde à Lévis la première des Caisses populaires Desjardins, qui est aussi la première caisse d’épargne populaire en Amérique du Nord.

En 1902, on ouvrira une succursale de la caisse dans le magasin général tenu par Octave. (La photo ici date probablement des années 1950, avec un montage pour le nom Caisse populaire!).


[1] On voit encore ces querelles de nos jours : La Pocatière vs Sainte-Anne-de-la-Pocatière.

[2] The Canada Gazette, 6 octobre 1866, pages 3868-3869

[3] Près de 16 000 personnes avaient été inhumées dans l’ancien cimetière !

[4] Chronologie de l’histoire du Québec (1867 à 1899) — Wikipédia (wikipedia.org)

[5] Louis Riel, sa pendaison et les conséquences de cette mort (histoire-du-quebec.ca)

[6] Ordre national du mérite agricole — Wikipédia (wikipedia.org)

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